Photo d’archive
Mes fils, Will, Noah et Elijah, s’entendent… en quelque sorte. Ils s’entendent bien mieux maintenant qu’ils sont adultes. Un jour, il y a longtemps, alors qu’ils étaient encore enfants, Noah était assis sur le divan et regardait la télévision. Ayant une petite fringale, il s’est levé pour aller au réfrigérateur. Bon, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il ne s’est pas
simplement levé du divan avec la grâce d’une panthère, aussi agile qu’un artiste du Cirque du Soleil. À l’époque, il avait douze ans et avait toute la grâce d’un veau nouveau-né. Et donc, au lieu de simplement se lever du divan, il a fait une sorte de culbute roulée – le genre qui vous casse la jambe et plusieurs vertèbres si vous atterrissez mal en sautant en parachute, ou si vous avez mon âge, en descendant une marche légèrement plus haute que la normale. Donc… alors qu’il se levait du divan – rappelez-vous : grâce (pas vraiment), agilité (nulle) – il a posé son pied fermement sur celui de Will. Et quand je dis fermement, il l’a piétiné comme un éléphant écrasant un crapaud.
Maintenant, je dois m’empresser d’ajouter (après mes envolées littéraires ici) que Noah n’était pas malveillant; il ne l’avait pas fait délibérément. Il était simplement lui-même, et il avait douze ans. Il faisait juste être lui-même… et avoir douze ans. Pourtant, à voir la réaction de Will, on aurait pu croire que Noah venait de commettre le crime le plus scandaleux depuis le St. Valentine’s Day Massacre, ou depuis que Fox Broadcasting Company a annulé Firefly. Une attaque odieuse et dangereuse avait été perpétrée! Aux armes, aux armes! Aux remparts! Nous le combattrons sur les plages; nous le combattrons sur le divan! Du moins, c’est ainsi que Will a réagi.
Ce qui a empiré les choses, c’est que Noah n’avait pas vraiment de remords (rappelez-vous : douze ans). Pour Will, Noah avait le regard froid d’un tueur, d’une personne capable de n’importe quel crime abject. Et il avait dit à Noah en termes clairs ce qu’il pensait de lui. Je voyais la dispute s’envenimer, alors j’ai joué mon rôle de parent et je suis intervenu (j’essayais de lire et leurs cris m’en empêchaient). Donc, en tant qu’observateur impartial, j’ai fait ce commentaire (ou quelque chose du genre, mais pas aussi concis ni aussi profond sur le plan théologique. En d’autres termes, les mots ont été modifiés pour me faire passer pour quelqu’un de réfléchi et de sage) : « Bon, Will, calme-toi. Noah ne l’a pas fait exprès. Il essayait juste de faire son chemin. »
De la même manière, il y a beaucoup de gens qui ne cherchent pas à nous faire du mal, dont le but n’est pas de ruiner notre vie, ni notre estime de soi, ni notre journée. Ils ne cherchent pas à nous gâcher la vie. Il y a pourtant des gens qui semblent avoir cette étrange capacité à faire exactement cela, à nous écraser l’orteil (celui qui a un cor) contre le sol. Ils ne cherchent pas à critiquer notre travail, mais c’est ce qu’ils font. Ils ne cherchent pas à nous mettre des bâtons dans les roues, mais c’est ce qu’ils font. Ils ne cherchent pas à se comporter comme des idiots, mais c’est ce qu’ils font. Ils essaient juste de faire leur chemin – comme moi, comme toi. Peut-être qu’ils ont passé une mauvaise journée – ou une mauvaise semaine. Peut-être que ça ne va pas bien à la maison. Peut-être qu’il se passe des choses dans leur vie qui les distraient et les amènent à être moins attentifs qu’ils ne le seraient normalement.
Donc, quand ils vous marchent sur les pieds, faites preuve d’indulgence, accordez-leur le bénéfice du doute, car un de ces jours, ce sera vous qui essaierez simplement de faire votre chemin.






